Minotaure

Minotaure

All/Fr, A. Zviaguintsev, 2026CANNES_H80
Note : 3.5 / 5 – Bien

Grand Prix à Cannes, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev a fait sensation avec cette adaptation libre d’un film de Claude Chabrol sorti il y a plus de cinquante ans. Il faut idéalement ne pas avoir vu l’œuvre originale et ne pas en connaitre le sujet réel pour pouvoir pleinement profiter de l’effet de surprise, voire de sidération, que provoque l’événement majeur du récit. Celui-ci n’intervient qu’au bout d’une heure environ chez le metteur en scène russe. Le temps parait bien long avant, la présentation du contexte familiale et professionnel de cet homme d’affaire russe ne s’avérant guère captivante. Par la suite, tout devient soudain digne d’intérêt. Car le réalisateur ne s’en tient pas seulement au drame familial, et intègre dans son récit le contexte dans lequel il se produit. Et c’est donc dans cette Russie de Poutine, au moment où se déclenche le conflit en Ukraine, que l’intrigue se noue. Et par petites touches, savamment mises en scène, Zviaguintsev nous montre à quel point le clientélisme et la corruption règnent en maître dans le pays. L’imbrication entre le contexte politique national et le thriller local fonctionne à merveille. On est vite sidéré par la façon dont les habitants de la Russie se conforment aux règles non dites, aux préceptes moraux propres aux autocraties. L’impunité est la règle pour ceux qui ont le bras long, et la servitude est totale dans le cas contraire. Pour nous offrir cette démonstration brillante, il faut tout de même en passer par de longs dialogues en russe, dans des cadres sinistres, et avec des interprètes qui ne sont pas toujours convaincants.R.M.